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Hommage à Mœbius

Ce matin la planète BD vient d’apprendre la mort de Jean Giraud à 73 ans, des suites d’une « longue maladie », comme on le dit pudiquement.

Restons dans la pudeur, plutôt qu’un long article en mode « encyclopédie pompée Wikipédia » sur la carrière d’un monstre sacré de la BD, je vais écrire un tout petit billet intimiste : comment j’ai découvert Mœbius.

Jean Giraud Aka Mœbius
© Dargaud 2003 – Rita Scaglia / Dargaud

Il faut remonter le temps, jusqu’en 78 ou 79, j’ai au maximum huit ans, c’est l’été et je suis en colonie de vacances dans la Drôme à Saint-Bonnet de Val-Joyeux.
J’y suis allé deux ans de suite, d’où mon doute sur l’année exacte.
J’avoue n’avoir guère que de mauvais souvenirs de toutes mes colos, sans doute mon petit coté parfois associal et introverti, mais ils m’en reste quelques bons, dont celui-ci.

Nous les colons étions logés dans un petit château campagnard à l’entrée d’un beau parc avec un étang central.
Faisant partie d’une des plus jeunes classe d’âge, j’étais astreint à une sieste quotidienne.
Quelle horreur !
À cet âge là, en plein été, on rêve plutôt de battre la campagne que de dormir !
Aujourd’hui je vendrais mon âme certains jour pour « comater » une petite heure :)

Bref, l’une des salles du château faisait office de bibliothèque. Entendre par là : des gros poufs disposés anarchiquement et des caisses de BD posées au sol.
Au moment de la sieste, bien entendu, cette pièce était fermée à clef.
Jamais en retard d’une connerie, je m’étais rendu compte que nous pouvions ouvrir l’immense double porte en dégageant simplement le loquet qui maintenait un des battants au sol. Il suffisait alors de tirer les deux battants pour dégager le verrou sans l’aide de clef !

Vous l’avez compris, à partir de cette découverte, les siestes se résumaient à un commando de gamins investissant frauduleusement la bibliothèque dès que les monos avaient le dos tourné.

Et c’est dans cet endroit baigné de la lumière des heures les plus chaudes de la journée que j’ai lu mes premiers Blueberry. Loin de me douter qu’un jour j’aimerai la BD comme aujourd’hui et bien des années avant que je ne découvre Métal Hurlant et un certain Mœbius !
Je n’ai d’ailleurs appris que Mœbius et Jean Giraud ne faisaient qu’un, que bien longtemps après avoir dépassé la vingtaine d’année.

Pour moi Gir reste un maître de la BD au même titre que peuvent l’être Frankin, Goscinny ou Gotlib entre autres mais avec le petit plus d’avoir contribué à la naissance de ce qu’on pourrait appeler la BD Adulte.

Voilà, merci Gir pour ces instants volés de mon enfance et reposez en paix.

Je sais que mes lecteurs sont peu nombreux, mais je sais aussi qu’ils sont en majorité des passionnés de BD.
Alors plutôt que des commentaires tristes, je vous demande chers lecteurs d’écrire ce que Jean Giraud évoque pour vous comme souvenirs, premières lectures, anecdotes, rencontres…